D'où est parti Internet ?

Le 20 janvier 1973, je goûtais pour la première fois au plaisir d'utiliser en direct les services d'un ordinateur. J'étais à Sherbrooke et cet ordinateur, situé au New Hampshire (en fait à 200 kilomètres de mon poste de travail) me permettait de parfaire mes connaissances dans l'utilisation des services d'une bibliothèque. Quelqu'un avait développé ce cours programmé et, sans même déranger cette personne, voilà que je profitais de son travail. Donc, sans être informaticien je pouvais, moi aussi, préparer des cours semblables pour aider à mon tour les utilisateurs de notre bibliothèque.

J'ai alors rêvé d'une encyclopédie planétaire à laquelle chacun pourrait contribuer selon ses moyens et depuis ce temps, je n'ai jamais cessé de m'émerveiller des progrès fabuleux accomplis graduellement en ce sens.

Internet, le Web, devrais-je dire, est cette encyclopédie planétaire qui met aujourd'hui à notre portée le fruit de milliards d'heures de travail. Afin de mieux nous retrouver dans cet océan de données, voyons un peu comment Internet s'est constitué et continue de se développer.


Il était une foisŠ Internet.

Notre histoire commence le 1er mai 1964 lorsque, dans une petite université de la Nouvelle-Angleterre, l'Université de Dartmouth, on donne à deux personnes le moyen de travailler en même temps (en temps partagé) sur un même ordinateur. Avant la fin de la même année, plus de vingt (20) personnes, dont l'une en Californie, pouvaient travailler en même temps, en réseau (Network), sur ce même ordinateur. Dans une brochure que j'ai encore chez moi et qui date de 1971, une carte géographique du New-Hampshire nous montre des points représentant 37 écoles et collèges ainsi qu'un point sur Montréal qui sont reliés en étoiles autour de Dartmouth. Le tout constitue alors un réseau de terminaux qui permet déjà à plus de 10 000 professeurs et élèves de se brancher sur l'ordinateur de cette Université.
En fait, l'histoire d'Internet, reconnaît-on généralement, commence en Californie, le 21 novembre 1969. Ce jour là on réalisa l'exploit de relier deux ordinateurs entre eux, à 500 kilomètres de distance. On venait effectivement d'interrelier (Internetwork) deux réseaux du même type que celui de Dartmouth décrit ci-dessus.

À partir de terminaux ressemblant à de grosses machines à dactylo sur pattes, les chercheurs reliés en réseau à l'un ou l'autre de ces ordinateurs pouvaient désormais entrer en communication avec l'autre ordinateur et engager une session Telnet pour utiliser les services offerts sur cet autre ordinateur. Par FTP, ils allaient pouvoir amener des fichiers sur l'ordinateur qui était régulièrement à leur disposition. C'était très pratique pour ces scientifiques et ces chercheurs qui devenaient ainsi capables désormais de s'échanger de s'échanger des services et des informations à distance. N'oublions pas que le temps d'utilisation d'un ordinateur était très précieux au début des années 1970.

€ L'armée américaine voulait que ses ordinateurs continuent de se parler entre eux même s'il advenait une guerre nucléaire et le projet d'étude mené autour du réseau formé par la liaison entre ces deux ordinateurs du Département de la défense américain portait le nom d'Arpanet.

€ Pour établir une session Telnet, on doit d'abord établir un contact physique entre notre terminal et l'ordinateur (on compose donc un numéro de téléphone); on doit ensuite taper son identification (le nom sous lequel nous reconnaît l'ordinateur) puis le mot de passe qui nous a été attribué.

€ Une norme permettant le transfert de fichiers (File Transfer Protocol) fut définie en 1971 sous le nom de FTP.

TCP/IP (Internet protocol), ce truc qui fut alors trouvé pour permettre d'utiliser les services d'un ordinateur Xerox à partir d'un ordinateur Honeywell et vice-versa était tellement génial que c'est grâce à cette norme si aujourd'hui encore nous pouvons, de façon transparente, échanger des données par Internet entre des ordinateurs PC, des MacIntosh, des Sun, etc.€ L'Internet Protocol (IP) reconnu comme composante distincte de TCP (Transmisssion Control Protocol) dans la norme TCP/IP adoptée en 1975 est la contribution la plus importante laissée à l'Internet d'uajourd'hui par le projet Arpanet. L'équipe d'Arpanet a réussi en 1980 à faire accepter TCP/IP comme norme militaire puis à l'imposer par la suite au reste du réseau avec les résultats que nous voyons aujourd'hui.
L'utilisation, pas toujours orthodoxe, qu'ont fait de ce réseau les personnes qui y avaient accès a contribué dès les débuts à son succès. Paradoxalement, si ce projet a pris son envol, c'est bien parce que dès 1970, les gens qui y avaient accès se sont mis à utiliser à utiliser leurs comptes d'utilisateurs comme un grande boîte aux lettres électronique (subventionnée par l'état fédéral). Les amateurs de sciences fictions, par exemple, s'en donnaient à coeur joie et utilisèrent très tôt la technique mise en place par Arpanet pour l'échange de listes de distribution (un message idantique envoyé automatiquement à un grand nombre d'abonnés du réseau.)€ Une des premières listes de distritution (Sf-Lovers) à profiter de la possibilité qu'offrait Arpanet d'envoyer un message identique à plusieurs abonnés servait à échanger des articles entre amateurs de science fiction.
Une décennie plus tard on assiste à l'arrivée de réseaux coopératifs et décentralisés. Ce sont ces mêmes services améliorés : le courrier électronique (UUCP), les groupes de discussion Usenet ont été mis à la portée d'un plus grand nombre par les réseaux de communication Unix qui ont contribué à une nouvelle expansion du réseau.€ Les systèmes Unix utilisant le protocole IP, il était naturel pour les services se dotant de machines avec un sysème Unix de se brancher sur Arpanet.
Puis au début des années 1980, le réseau Bitnet a favorisé la diffusion des listes de distribution sous la forme où on les connaît aujourd'hui (les Listservs).

Au milieu des années 1980, le NSFnet regroupant les chercheurs de grandes universités et organismes de recherche américains relia entre eux cinq superordinateurs desservant chacun plusieurs chercheurs puis se joignit au réseau Arpanet et une compagnie privée (UUnet) commença à vendre des accès au courrier électonique et aux nouvelles Usenet. L'arrivée de ces nouveaux utilisateurs provoque un effet d'entrainement qui pousse un nombre toujours croissant d'institutions aux États-Unis et à travers le monde à brancher leurs ordinateurs sur ce réseau des réseaux. Un exemple chez nous en est le Risq qui a été créé en 1988 pour relier à Internet les réseaux universitaires québécois. De 5 000 ordinateurs en 1986 on est passé à 130 000 en 1989.

Dans les années 1990, trois grands facteurs se conjuguent pour faire augmenter de façon exponentielle le nombre d'usagers de l'internet : 1) la multiplication des fournisseurs d'accès à Internet et la concurrence entre eux qui les amener à donner de plus longues plages de temps d'accès sans hausser leurs prix; 2) la mise en service de nouveaux outils facilitant l'accès aux ressources d'Internet (Archie, Gopher, Veronica, Web, outils de recherche du Web, logiciels de navigation); 3) l'intérêt porté par les médias à Internet, l'effet de mode et l'arrivée en masse plus récemment de sites commerciaux et de sites supportés par les médias de masse.

Les fournisseurs passeront, les médias de masse apportent beaucoup de visibilité mais le deuxième facteur : le développement d'outil de plus en plus performants et facilitants à lui seul, selon moi vaut le déplaement. C'est en octobre 1993 lors d'une conférence donnée par Richard Dumont, jeune bibliothécaire de l'École Polytechnique de Montréal qu'Internet m'a attiré dans ses filets. Ayant constaté, la facilité et la rapidité avec laquelle désormais, grâce aux Gophers notamment on pouvait se brancher sans frais particuliers sur n'importe quel site tous plus riches d'informations les uns que les autres, je n'ai pu tenir un mois avant d'avoir mon propre accès à Internet. Ces outils sont tellement utiles que chacun de ces outils fait naître ou se développer un nouveau réservoir de ressources : Archie a vu le jour à McGuill en 1990; Gopher, à l'université du Minnesota en 1991; WWW, au Centre européen de la recherche nucléaire en 1992; Mosaïc, au NCSA (Université d'Illinois à Urbana-Champaign) en 1993; Netscape, en décembre 1994.